Après avoir conquis les salles et les lecteurs du Québec — et même de la France — avec le livre Michelin (Quartz, 2024), décliné en spectacle solo, dans lequel il racontait son enfance dans une ferme de Saint-Polycarpe, le comédien et metteur en scène Michel-Maxime Legault continue de creuser le sillon familial dans Michelines, deuxième roman de ce qui, à terme, formera un triptyque scénique et littéraire.
Alors que le premier opus prenait la forme d’un monologue essentiellement introspectif, celui-ci poursuit l’hommage à une famille aussi bigarrée que remplie d’amour en donnant la parole aux Micheline — « mes premiers modèles de femme aux cheveux auburn et aux sourcils dessinés » : la mère, travaillante, dévouée et la broue dans le toupet, et la tante, excentrique et magnifique, qui attirait tous les regards.
Benjamin d’une famille de sept enfants, ayant quitté l’héritage familial agricole pour l’amour de la scène, Michel-Maxime Legault dote encore sa parole facétieuse et grinçante d’une profondeur empreinte de bienveillance et de sensibilité, et la teinte d’un regard qui capte, au-delà de l’anecdote, le contexte qui permet à cette dernière de s’articuler.
Il y a donc Micheline à Yvon, la mère, fière, s’épuisant à la ferme et donnant tout pour ses sept enfants, qui, du haut de ses quatre pieds dix, « se tenait droite devant toutes les têtes frisées qui me servaient de tantes. Ma mère, elle, sortait peut-être pas de chez le coiffeur. Elle portait peut-être même des leggings. Et peut-être même qu’elle sentait la ferme, mais ça l’empêchait pas de s’afficher fièrement aux côtés des tantes permanentées ».
Et puis, il y a Micheline à Robert (« Voyons, qu’on les appelait de même ! »), qui éclipsait tout le monde par son allure et son odeur, surnommée « la duchesse de Laval », qui « semait la jalousie dans le cœur des femmes qui n’avaient pas son charme ».
En offrant les témoignages fictifs de deux femmes que tout semble opposer, sauf leur dignité, l’auteur raconte une époque à travers les voix de celles qui l’ont façonnée en silence, par l’amour, la transmission de certaines valeurs et l’entretien d’une mémoire familiale qui ont esquissé l’avenir, mais aussi les façons de le raconter ou de l’imaginer.
« À l’époque où les Micheline étaient à la mode, le pain sandwich l’était aussi. Aujourd’hui, ce nom est voué à disparaître. Elles sont en voie d’extinction, les Micheline. Bientôt, seul·es les archéologues s’y intéresseront. Il faut les célébrer avant qu’il ne soit trop tard. »
Il y a quelque chose de Tremblay dans la langue décomplexée de l’écrivain, qui exploite le potentiel tant comique que révélateur des préjugés et qui pose un regard empreint de tendresse et de flamboyance sur celles qui ont porté et transmis, un vent de face et le curé dans le dos, le courage de vivre et celui, peut-être plus important, de rêver.
La belle oralité du récit profitera d’une adaptation scénique au théâtre du Bic les 24 et 25 août, avant sa présentation chez Duceppe en septembre, puis en tournée partout au Québec.
Description:
Après avoir conquis les salles et les lecteurs du Québec — et même de la France — avec le livre Michelin (Quartz, 2024), décliné en spectacle solo, dans lequel il racontait son enfance dans une ferme de Saint-Polycarpe, le comédien et metteur en scène Michel-Maxime Legault continue de creuser le sillon familial dans Michelines, deuxième roman de ce qui, à terme, formera un triptyque scénique et littéraire.
Alors que le premier opus prenait la forme d’un monologue essentiellement introspectif, celui-ci poursuit l’hommage à une famille aussi bigarrée que remplie d’amour en donnant la parole aux Micheline — « mes premiers modèles de femme aux cheveux auburn et aux sourcils dessinés » : la mère, travaillante, dévouée et la broue dans le toupet, et la tante, excentrique et magnifique, qui attirait tous les regards.
Benjamin d’une famille de sept enfants, ayant quitté l’héritage familial agricole pour l’amour de la scène, Michel-Maxime Legault dote encore sa parole facétieuse et grinçante d’une profondeur empreinte de bienveillance et de sensibilité, et la teinte d’un regard qui capte, au-delà de l’anecdote, le contexte qui permet à cette dernière de s’articuler.
Il y a donc Micheline à Yvon, la mère, fière, s’épuisant à la ferme et donnant tout pour ses sept enfants, qui, du haut de ses quatre pieds dix, « se tenait droite devant toutes les têtes frisées qui me servaient de tantes. Ma mère, elle, sortait peut-être pas de chez le coiffeur. Elle portait peut-être même des leggings. Et peut-être même qu’elle sentait la ferme, mais ça l’empêchait pas de s’afficher fièrement aux côtés des tantes permanentées ».
Et puis, il y a Micheline à Robert (« Voyons, qu’on les appelait de même ! »), qui éclipsait tout le monde par son allure et son odeur, surnommée « la duchesse de Laval », qui « semait la jalousie dans le cœur des femmes qui n’avaient pas son charme ».
En offrant les témoignages fictifs de deux femmes que tout semble opposer, sauf leur dignité, l’auteur raconte une époque à travers les voix de celles qui l’ont façonnée en silence, par l’amour, la transmission de certaines valeurs et l’entretien d’une mémoire familiale qui ont esquissé l’avenir, mais aussi les façons de le raconter ou de l’imaginer.
« À l’époque où les Micheline étaient à la mode, le pain sandwich l’était aussi. Aujourd’hui, ce nom est voué à disparaître. Elles sont en voie d’extinction, les Micheline. Bientôt, seul·es les archéologues s’y intéresseront. Il faut les célébrer avant qu’il ne soit trop tard. »
Il y a quelque chose de Tremblay dans la langue décomplexée de l’écrivain, qui exploite le potentiel tant comique que révélateur des préjugés et qui pose un regard empreint de tendresse et de flamboyance sur celles qui ont porté et transmis, un vent de face et le curé dans le dos, le courage de vivre et celui, peut-être plus important, de rêver.
La belle oralité du récit profitera d’une adaptation scénique au théâtre du Bic les 24 et 25 août, avant sa présentation chez Duceppe en septembre, puis en tournée partout au Québec.
Michelines