Dans une série de lettres s'échelonnant entre mai 1789 et août 1793, Marguerite Paradis, tenancière d'un bordel d'enfants pour libertins, expose à son amie Louise, qui désire ouvrir le même type de commerce à Bordeaux, les divers tracas auxquels il lui faudra se confronter pour faire tourner sa maison : aménagement des locaux, domesticité, clientèle et marchandise, autant de questions qu'elle continue de résoudre dans sa maison de la rue des Fossés-Saint-Germain. Mais ces détails pratiques ne sont pas le seul intérêt d'une correspondance qui, dans une langue précise et imagée, restitue les interrogations d'une femme confrontée à la tourmente révolutionnaire qui va balayer le régime monarchique. Attentive aux moindres soubresauts de Paris, Marguerite jette un regard sans illusions sur le genre humain, dont elle connaît bien la veulerie et l'inconséquence. C'est d'ailleurs cette vision sans fard des sentiments humains qui donne au texte toute son intensité. Libertine dans l'âme, Marguerite explore les ressorts secrets du coeur, tant chez les autres qu'au plus profond d'elle-même. Passionnée par le bel hermaphrodite Tirésias, Marguerite tente de cerner, au plus près, la naissance de cet amour qui va l'arracher à la cruauté ordonnée des jeux libertins pour, la dépouillant de tout artifice, l'abandonner aux lisières de son être intime.
" Point de doute qu'il n'y ait des scélérats qui font métier d'enlever des enfants ; et ce qui le prouve c'est que ces enfants perdus sont presque toujours des petites filles ", écrit justement Louis-Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris (1781-1788). Fondé sur une érudition sans faille, La Marchande d'enfants explore cette réalité historique, mais il est aussi et surtout le bouleversant témoignage d'un amour mélancolique au sein d'une époque qui, plus que toute autre, forgea le style et la pensée de Gabrielle Wittkop et à laquelle elle sut redonner vie. Le lecteur averti sera sensible à l'atmosphère, à la somptuosité des costumes et du décor, au terrible remue-ménage d'une capitale toujours en effervescence, et ne s'étonnera pas, malgré un compréhensible haut-le-cœur, d'avoir su fixer, sans baisser les yeux, les éprouvantes figures du ballet érotique mis en scène par Dame Marguerite. Extrait de la préface de Nikola Delescluse
Description:
Dans une série de lettres s'échelonnant entre mai 1789 et août 1793, Marguerite Paradis, tenancière d'un bordel d'enfants pour libertins, expose à son amie Louise, qui désire ouvrir le même type de commerce à Bordeaux, les divers tracas auxquels il lui faudra se confronter pour faire tourner sa maison : aménagement des locaux, domesticité, clientèle et marchandise, autant de questions qu'elle continue de résoudre dans sa maison de la rue des Fossés-Saint-Germain. Mais ces détails pratiques ne sont pas le seul intérêt d'une correspondance qui, dans une langue précise et imagée, restitue les interrogations d'une femme confrontée à la tourmente révolutionnaire qui va balayer le régime monarchique. Attentive aux moindres soubresauts de Paris, Marguerite jette un regard sans illusions sur le genre humain, dont elle connaît bien la veulerie et l'inconséquence. C'est d'ailleurs cette vision sans fard des sentiments humains qui donne au texte toute son intensité. Libertine dans l'âme, Marguerite explore les ressorts secrets du coeur, tant chez les autres qu'au plus profond d'elle-même. Passionnée par le bel hermaphrodite Tirésias, Marguerite tente de cerner, au plus près, la naissance de cet amour qui va l'arracher à la cruauté ordonnée des jeux libertins pour, la dépouillant de tout artifice, l'abandonner aux lisières de son être intime.
" Point de doute qu'il n'y ait des scélérats qui font métier d'enlever des enfants ; et ce qui le prouve c'est que ces enfants perdus sont presque toujours des petites filles ", écrit justement Louis-Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris (1781-1788). Fondé sur une érudition sans faille, La Marchande d'enfants explore cette réalité historique, mais il est aussi et surtout le bouleversant témoignage d'un amour mélancolique au sein d'une époque qui, plus que toute autre, forgea le style et la pensée de Gabrielle Wittkop et à laquelle elle sut redonner vie. Le lecteur averti sera sensible à l'atmosphère, à la somptuosité des costumes et du décor, au terrible remue-ménage d'une capitale toujours en effervescence, et ne s'étonnera pas, malgré un compréhensible haut-le-cœur, d'avoir su fixer, sans baisser les yeux, les éprouvantes figures du ballet érotique mis en scène par Dame Marguerite. Extrait de la préface de Nikola Delescluse