Sur fond d'émeutes de plus en plus incontrôlables dans les banlieues, le Bloc Patriotique, un parti d'extrême droite, s'apprête à entrer au gouvernement. La nuit où tout se négocie, deux hommes, Antoine et Stanko, se souviennent. Antoine est le mari d'Agnès Dorgelles, la présidente du Bloc. Stanko est le chef du service d'ordre du parti. Le premier attend dans le salon d'un appartement luxueux, le second dans la chambre d'un hôtel minable. Pendant un quart de siècle, ils ont été comme des frères. Pendant un quart de siècle, ils ont participé à toutes les manips qui ont amené le Bloc Patriotique aux portes du pouvoir. Pendant un quart de siècle, ils n'ont reculé devant rien. Ensemble, ils ont connu la violence, traversé des tragédies, vécu dans le secret et la haine. Le pire, c'est qu'ils ont aimé cela et qu'ils ne regrettent rien. Ils sont maudits et ils le savent. Au matin, l'un des deux devra mourir, au nom de l'intérêt supérieur du Bloc. Mais qu'importe : à leur manière, ils auront écrit l'Histoire.
Extrait
Finalement, tu es devenu fasciste à cause d'un sexe de fille. La formulation te fait sourire un instant et c'est bien la seule chose qui t'aura fait sourire aujourd'hui. On dirait une épitaphe : Antoine Maynard, devenu fasciste à cause d'un sexe de fille. Et puis tu ne souris plus : tu sais qu'en ce moment précis, quelque part dans la ville, des hommes cherchent à tuer ton ami. Ton frère. Ton petit mec. Ou ton âme damnée, comme on disait dans les romans du monde d'avant. Stanko. Tu aurais peut-être mieux fait de te cantonner à écrire des romans, toi, d'ailleurs. Et au moment où tu penses cela, tu sais à quel point tu te mens, à quel point tu te serais ennuyé à faire carrière dans le milieu littéraire, en admettant que tu aies rencontré davantage qu'un succès d'estime dans des cercles très «marqués». Très marqués à l'extrême droite, pour dire les choses clairement. De toute manière, les quatre romans que tu avais dans le ventre, tu les as donnés. Ils ont été accueillis assez froidement, à part le premier. On savait qui tu étais, quelles étaient tes allégeances. La mode n'était pas encore au réarmement moral, comme ces temps-ci. A la lutte contre l'ennemi intérieur, islamiste et gauchiste, et même islamo-gauchiste, pour faire bonne mesure. La mode n'était pas encore à la trouille honteuse de tout un pays qui vous amène aujourd'hui aux portes du pouvoir après que vous êtes devenus fréquentables, grâce à Agnès, notamment. Tu souris encore, un peu amèrement cette fois-ci : si la semaine prochaine, comme il en est question, tu deviens secrétaire d'État - secrétaire d'État à quoi, tu ne sais pas et tu t'en fous -, tu t'amuseras à publier de nouveau un roman, pour voir quel effet ça fait d'être du côté de ceux que les médias révèrent et flattent. Et puis tu t'arrangeras, pendant que tu y es, pour que les quatre précédents soient réédités en poche. Tu n'es pas pour le pardon des offenses. Si tu as l'occasion de faire plier l'échiné à deux ou trois petits marquis de la gauche caviardo-cultureuse, tu ne t'en priveras pas. Pour peu que tout se passe comme prévu, tu pousseras même le vice jusqu'à te faire inviter dans deux ou trois émissions littéraires animées par quelques types qui seront bien obligés de ravaler leur morgue. Oh, tu leur ménageras une porte de sortie, tu la joueras grand seigneur, tu les laisseras être un peu insolents, s'ils en ont, toutefois, encore le courage. Les consignes du Bloc sont claires, de toute manière : pas de triomphalisme. Profil bas. On prend les ministères. On exerce le pouvoir. On se respectabilise. Compétence. Stratégie du recours. Agnès a bien insisté, ces derniers mois. Pas de chasses aux sorcières, pas de vengeance personnelle. Enfin, pas tout de suite...
Revue de presse
Si Le Bloc est un roman noir sec, violent, tendu comme un tir de précision, c'est par ses accès de mélancolie et ses nostalgies du monde d'avant avec ses paysages, ses sentiments, ses parfums, ses bistrots, ses actrices oubliées de la nouvelle vague, ses jeunes filles d'autrefois «perdues dans le temps» qu'il serre le coeur... De ces survivances émouvantes, des souvenirs de Chardonne, Blondin ou Jacques Perret, Maynard tire une mythologie romantique et un chant profond vitrifiés dans l'impasse de la radicalité politique. Avec Le Bloc, Jérôme Leroy a signé un roman brutal et poignant, l'heureuse rencontre entre Drieu et Sam Peckinpah. (Christian Authier - Le Figaro du 13 octobre 2011)
On peut s'amuser à mettre des noms derrière chacun des protagonistes du "Bloc", qui s'inspire bien sûr du Front national. Mais, plus qu'au jeu stérile du roman à clés, Jérôme Leroy nous invite à comprendre comment, depuis trente ans, l'extrême droite a réussi à reprendre du poil de la bête. Pour cela, il tente le pari de se colleter avec la noirceur, de plonger, et de nous plonger avec lui, dans la tête de vrais "fachos". (Hubert Prolongeau - Le Monde du 26 octobre 2011)
France, de nos jours. Sur fond de violentes émeutes sociales, une simili-Marine Le Pen est en passe d'accéder au pouvoir. «Toutes les vieilles solidarités avaient été méthodiquement détruites. La société était devenue une jungle. Vous vous étiez contentés de ramasser la mise.» Agnès Dorgelles dirige le Bloc patriotique, parti d'extrême droite fondé par son père, qui semble de plus en plus fréquentable, alors que des émeutes secouent la société. C'est bien cette «trouille honteuse de tout un pays qui vous amène aujourd'hui aux portes du pouvoir»... L'intrigue et les mèches sont enroulées, le feu est partout, ça prend très bien. On s'y croirait. Jérôme Leroy, 47 ans, 20 livres en bandoulière, prend un pied joyeux et sombre à élaborer cette quasi-France... distante d'un miroir ? (Antonin Iommi-Amunategui - Libération du 8 décembre 2011)
Biographie de l'auteur
Jérôme Leroy est né en 1964. Écrivain, il est l’auteur d’une vingtaine de livres dont Monnaie Bleue (La Table Ronde) et La minute prescrite pour l’assaut (Fayard/Mille et une nuits). Avec Le Bloc, il publie son premier roman en Série Noire.
Description:
Sur fond d'émeutes de plus en plus incontrôlables dans les banlieues, le Bloc Patriotique, un parti d'extrême droite, s'apprête à entrer au gouvernement. La nuit où tout se négocie, deux hommes, Antoine et Stanko, se souviennent. Antoine est le mari d'Agnès Dorgelles, la présidente du Bloc. Stanko est le chef du service d'ordre du parti. Le premier attend dans le salon d'un appartement luxueux, le second dans la chambre d'un hôtel minable. Pendant un quart de siècle, ils ont été comme des frères. Pendant un quart de siècle, ils ont participé à toutes les manips qui ont amené le Bloc Patriotique aux portes du pouvoir. Pendant un quart de siècle, ils n'ont reculé devant rien. Ensemble, ils ont connu la violence, traversé des tragédies, vécu dans le secret et la haine. Le pire, c'est qu'ils ont aimé cela et qu'ils ne regrettent rien. Ils sont maudits et ils le savent. Au matin, l'un des deux devra mourir, au nom de l'intérêt supérieur du Bloc. Mais qu'importe : à leur manière, ils auront écrit l'Histoire.
Extrait
Finalement, tu es devenu fasciste à cause d'un sexe de fille.
La formulation te fait sourire un instant et c'est bien la seule chose qui t'aura fait sourire aujourd'hui. On dirait une épitaphe : Antoine Maynard, devenu fasciste à cause d'un sexe de fille.
Et puis tu ne souris plus : tu sais qu'en ce moment précis, quelque part dans la ville, des hommes cherchent à tuer ton ami. Ton frère. Ton petit mec. Ou ton âme damnée, comme on disait dans les romans du monde d'avant.
Stanko.
Tu aurais peut-être mieux fait de te cantonner à écrire des romans, toi, d'ailleurs. Et au moment où tu penses cela, tu sais à quel point tu te mens, à quel point tu te serais ennuyé à faire carrière dans le milieu littéraire, en admettant que tu aies rencontré davantage qu'un succès d'estime dans des cercles très «marqués». Très marqués à l'extrême droite, pour dire les choses clairement.
De toute manière, les quatre romans que tu avais dans le ventre, tu les as donnés. Ils ont été accueillis assez froidement, à part le premier. On savait qui tu étais, quelles étaient tes allégeances. La mode n'était pas encore au réarmement moral, comme ces temps-ci. A la lutte contre l'ennemi intérieur, islamiste et gauchiste, et même islamo-gauchiste, pour faire bonne mesure. La mode n'était pas encore à la trouille honteuse de tout un pays qui vous amène aujourd'hui aux portes du pouvoir après que vous êtes devenus fréquentables, grâce à Agnès, notamment.
Tu souris encore, un peu amèrement cette fois-ci : si la semaine prochaine, comme il en est question, tu deviens secrétaire d'État - secrétaire d'État à quoi, tu ne sais pas et tu t'en fous -, tu t'amuseras à publier de nouveau un roman, pour voir quel effet ça fait d'être du côté de ceux que les médias révèrent et flattent. Et puis tu t'arrangeras, pendant que tu y es, pour que les quatre précédents soient réédités en poche. Tu n'es pas pour le pardon des offenses. Si tu as l'occasion de faire plier l'échiné à deux ou trois petits marquis de la gauche caviardo-cultureuse, tu ne t'en priveras pas.
Pour peu que tout se passe comme prévu, tu pousseras même le vice jusqu'à te faire inviter dans deux ou trois émissions littéraires animées par quelques types qui seront bien obligés de ravaler leur morgue. Oh, tu leur ménageras une porte de sortie, tu la joueras grand seigneur, tu les laisseras être un peu insolents, s'ils en ont, toutefois, encore le courage. Les consignes du Bloc sont claires, de toute manière : pas de triomphalisme. Profil bas. On prend les ministères. On exerce le pouvoir. On se respectabilise. Compétence. Stratégie du recours. Agnès a bien insisté, ces derniers mois. Pas de chasses aux sorcières, pas de vengeance personnelle.
Enfin, pas tout de suite...
Revue de presse
Si Le Bloc est un roman noir sec, violent, tendu comme un tir de précision, c'est par ses accès de mélancolie et ses nostalgies du monde d'avant avec ses paysages, ses sentiments, ses parfums, ses bistrots, ses actrices oubliées de la nouvelle vague, ses jeunes filles d'autrefois «perdues dans le temps» qu'il serre le coeur...
De ces survivances émouvantes, des souvenirs de Chardonne, Blondin ou Jacques Perret, Maynard tire une mythologie romantique et un chant profond vitrifiés dans l'impasse de la radicalité politique. Avec Le Bloc, Jérôme Leroy a signé un roman brutal et poignant, l'heureuse rencontre entre Drieu et Sam Peckinpah. (Christian Authier - Le Figaro du 13 octobre 2011)
On peut s'amuser à mettre des noms derrière chacun des protagonistes du "Bloc", qui s'inspire bien sûr du Front national. Mais, plus qu'au jeu stérile du roman à clés, Jérôme Leroy nous invite à comprendre comment, depuis trente ans, l'extrême droite a réussi à reprendre du poil de la bête. Pour cela, il tente le pari de se colleter avec la noirceur, de plonger, et de nous plonger avec lui, dans la tête de vrais "fachos". (Hubert Prolongeau - Le Monde du 26 octobre 2011)
France, de nos jours. Sur fond de violentes émeutes sociales, une simili-Marine Le Pen est en passe d'accéder au pouvoir. «Toutes les vieilles solidarités avaient été méthodiquement détruites. La société était devenue une jungle. Vous vous étiez contentés de ramasser la mise.» Agnès Dorgelles dirige le Bloc patriotique, parti d'extrême droite fondé par son père, qui semble de plus en plus fréquentable, alors que des émeutes secouent la société. C'est bien cette «trouille honteuse de tout un pays qui vous amène aujourd'hui aux portes du pouvoir»...
L'intrigue et les mèches sont enroulées, le feu est partout, ça prend très bien. On s'y croirait. Jérôme Leroy, 47 ans, 20 livres en bandoulière, prend un pied joyeux et sombre à élaborer cette quasi-France... distante d'un miroir ? (Antonin Iommi-Amunategui - Libération du 8 décembre 2011)
Biographie de l'auteur
Jérôme Leroy est né en 1964. Écrivain, il est l’auteur d’une vingtaine de livres dont Monnaie Bleue (La Table Ronde) et La minute prescrite pour l’assaut (Fayard/Mille et une nuits). Avec Le Bloc, il publie son premier roman en Série Noire.