Robert Coublevie marche sur la plus belle frontière du monde. Sa femme l'a quitté et il arpente ces hauts lieux où il croise des fleurs par milliers, des bêtes sauvages et libres, parfois un marcheur qui lui ressemble. Malgré tout, de temps à autre, il doit replonger dans le chaudron des villes... De nouveau confronté au tumulte, ne sachant que faire des tourments qu'il y découvre, Coublevie choisit d'en rire. La jeune Camille, elle, s'y débat comme un animal blessé, guettant les rumeurs du Café du Nord que tient son père. Elle a seize ans et dissimule de lourds secrets. Jusqu'où va-t-elle entraîner Coublevie? Jusqu'à quel crime? Veut-elle faire de lui le coupable idéal, le témoin complice? Une chose est sûre : la traque a commencé. Yves Bichet, dans ce neuvième roman, dresse le portait de personnages ardents et silencieux qui, debout sous les rafales, nous rappellent que la liberté est une folie joyeuse.
Extrait
Je suis un marcheur. J'arpente des sentiers lumineux et ventés, la lisière de nations très anciennes. Je parcours jour après jour le même chemin, sillonnant les pays d'altitude, suivant pas à pas mon bout de frontière Italie-France, au mètre près. J'en connais chaque vallon, chaque torrent, chaque alpage. Je longe cette limite d'un seul côté, jalonnant sans cesse les mêmes crêtes, franchissant les mêmes cols, passant d'un horizon à l'autre : mont Cenis au nord, mont Viso au sud, mont Thabor au centre. Des sommets, des vallées, des alignements de cimes à contourner, des arêtes à franchir... J'en explore les pentes et les parois, les lacs, les arbres et les cailloux, les tournants, les mamelons. C'est comme une peau. J'ai l'impression de suivre une ancienne séparation douce et affaiblie... Je frôle, je foule, je déroule ma vie entière sur ce bout de frontière inusable. Je suis le marcheur d'un seul chemin... Robert Coublevie, ancien pion au lycée agricole d'Embrun (Hautes-Alpes), chemineau par passion et par mélancolie, pauvre par obligation, endurant par devoir, cocu par négligence, arpenteur et fuyard. Il bruine. Cela fait une semaine que le temps est couvert, qu'il pleuviote par intermittence. Malgré tout j'avance sur la Ligne. Je marche entre les bancs de brume sans penser à rien, en suivant ma limite, en lui rendant hommage en quelque sorte. Ce sentier ne délimite plus grand-chose depuis que l'Europe a supprimé les frontières. Je l'arpente au mètre près. Je ne le franchis jamais. Ma femme m'a quitté il y a cinq ans. Depuis, je me contente de suivre un bout de chemin que l'Europe a aboli. L'Europe a supprimé aussi les idéaux, les rêves, les utopies... Reste le fric, auquel plus personne ne croit chez nous, les marcheurs, les petits soldats du quotidien... Il y a belle lurette que les chemineaux ne s'intéressent plus aux cahots financiers de ce monde. A l'amour ou l'amitié parfois, quand on croise quelqu'un, qu'on partage un casse-croûte, qu'on aide à porter un sac ou un souvenir... Le plus souvent, il ne se passe rien. On troque trois mots contre un itinéraire, des paroles rares, précieuses, qui restent mais qui ne pèsent jamais. Je parcours mon sentier immergé dans la beauté omniprésente. Toute cette beauté, Elia et moi, on la boit des yeux... On la scrute, on la célèbre. On avance entre deux pays que plus rien ne sépare sinon de vieilles bornes en pierre, des blockhaus, des casemates à demi enterrées et puis ce sentier paisible, gorgé d'eau ces temps-ci, qui serpente d'un nuage à l'autre. Elia, c'est ma petite chienne, une sang-mêlé, bâtarde de bouvier et d'épagneul breton. Pauvre Elia... Ses oreilles raclent le sol, impossible de les remonter, elles attrapent tout ce qui traîne, la boue, les chardons, les tiques. Parfois, pour lui faciliter la vie, je les rassemble et fais un noeud avec. Ça ne la gêne pas, mon Elia, de se balader avec ce noeud de peau au sommet du crâne, deux gants de toilette repliés l'un sur l'autre, un vrai oeuf de Pâques. Elle trottine ardemment derrière moi. Elle connaît tous les baisers humains. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Revue de presse
Tantôt en pleine discussion métaphysique avec son pote de la Grande Chartreuse, tantôt assailli de souvenirs sentimentaux qui lui font mal au bas-ventre, Robert Coublevie est peut-être le dernier homme libre. En accompagnant son «chemineau», qui préfère l'odeur des gentianes de printemps à toute autre chose, Yves Bichet réussit un roman hybride et fascinant. L'histoire d'un homme qui a tout compris : la beauté de la nature, l'impureté des hommes et la possibilité d'un dieu. (Christine Ferniot - Télérama du 8 janvier 2014)
Peu à peu se dévoilent les secrets de ce polar métaphysique... Prêtant au marcheur des cimes un miséricordieux " pas de côté ", Yves Bichet mène son vibrant récit vers un épilogue imprévu. On ne lit pas sans trouble ce roman splendidement noir, mais plein " d'énigmes et de bonté ". (Monique Petillon - Le Monde du 30 janvier 2014) --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Un mot de l'auteur
C'est l'histoire d'un homme, Robert Coublevie, qui choisit d'arpenter un bout de frontière entre l'Italie et la France pour oublier la femme qui l'a quitté. Il marche avec les marmottes et les gentianes, les oiseaux et les chamois, et il finit par regarder différemment le tumulte de la ville où se passent décidemment des choses étranges : des secrets lourds à porter, la vie sacrifiée de la petite Camille qu'il connaît depuis l'enfance et qui erre elle aussi entre deux rives, un meurtre dont il deviendra le coupable idéal... Il reste malgré tout la lumière du petit matin et surtout les mots permettant d'échapper à la solitude et à la sauvagerie. Il reste aussi chez mon personnage, au-delà de la morale, une bienveillance à explorer, un pardon sans mièvrerie qui déjouera la stratégie des hommes laids et, peut-être, à la fin, un grand rire d'homme libre...
Yves Bichet --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Biographie de l'auteur
Auteur polymorphe, Yves Bichet écrit essentiellement pour les adultes, des romans et des pièces de théâtre. "Peau noire Peau blanche" est son premier texte pour la jeunesse. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Quatrième de couverture
Robert Coublevie marche sur la plus belle frontière du monde. Sa femme l'a quitté et il croise des fleurs par milliers, des bêtes sauvages et libres. Malgré tout, de temps à autre, il doit replonger dans le chaudron des villes. La jeune Camille, elle, s'y débat comme un animal blessé, guettant les rumeurs du Café du Nord que tient son père. Elle a seize ans et dissimule des secrets. Jusqu'où va-t-elle entraîner Coublevie ? Veut-elle faire de lui le coupable idéal, le témoin complice ? Une chose est sûre : la traque a commencé. Yves Bichet dresse le portrait de personnages ardents et silencieux qui, debout sous les rafales, nous rappellent que la liberté est une folie joyeuse. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Description:
Robert Coublevie marche sur la plus belle frontière du monde. Sa femme l'a quitté et il arpente ces hauts lieux où il croise des fleurs par milliers, des bêtes sauvages et libres, parfois un marcheur qui lui ressemble. Malgré tout, de temps à autre, il doit replonger dans le chaudron des villes... De nouveau confronté au tumulte, ne sachant que faire des tourments qu'il y découvre, Coublevie choisit d'en rire. La jeune Camille, elle, s'y débat comme un animal blessé, guettant les rumeurs du Café du Nord que tient son père. Elle a seize ans et dissimule de lourds secrets. Jusqu'où va-t-elle entraîner Coublevie? Jusqu'à quel crime? Veut-elle faire de lui le coupable idéal, le témoin complice? Une chose est sûre : la traque a commencé. Yves Bichet, dans ce neuvième roman, dresse le portait de personnages ardents et silencieux qui, debout sous les rafales, nous rappellent que la liberté est une folie joyeuse.
Extrait
Je suis un marcheur. J'arpente des sentiers lumineux et ventés, la lisière de nations très anciennes. Je parcours jour après jour le même chemin, sillonnant les pays d'altitude, suivant pas à pas mon bout de frontière Italie-France, au mètre près. J'en connais chaque vallon, chaque torrent, chaque alpage. Je longe cette limite d'un seul côté, jalonnant sans cesse les mêmes crêtes, franchissant les mêmes cols, passant d'un horizon à l'autre : mont Cenis au nord, mont Viso au sud, mont Thabor au centre. Des sommets, des vallées, des alignements de cimes à contourner, des arêtes à franchir... J'en explore les pentes et les parois, les lacs, les arbres et les cailloux, les tournants, les mamelons. C'est comme une peau. J'ai l'impression de suivre une ancienne séparation douce et affaiblie... Je frôle, je foule, je déroule ma vie entière sur ce bout de frontière inusable. Je suis le marcheur d'un seul chemin... Robert Coublevie, ancien pion au lycée agricole d'Embrun (Hautes-Alpes), chemineau par passion et par mélancolie, pauvre par obligation, endurant par devoir, cocu par négligence, arpenteur et fuyard.
Il bruine. Cela fait une semaine que le temps est couvert, qu'il pleuviote par intermittence. Malgré tout j'avance sur la Ligne. Je marche entre les bancs de brume sans penser à rien, en suivant ma limite, en lui rendant hommage en quelque sorte. Ce sentier ne délimite plus grand-chose depuis que l'Europe a supprimé les frontières. Je l'arpente au mètre près. Je ne le franchis jamais. Ma femme m'a quitté il y a cinq ans. Depuis, je me contente de suivre un bout de chemin que l'Europe a aboli. L'Europe a supprimé aussi les idéaux, les rêves, les utopies... Reste le fric, auquel plus personne ne croit chez nous, les marcheurs, les petits soldats du quotidien... Il y a belle lurette que les chemineaux ne s'intéressent plus aux cahots financiers de ce monde. A l'amour ou l'amitié parfois, quand on croise quelqu'un, qu'on partage un casse-croûte, qu'on aide à porter un sac ou un souvenir... Le plus souvent, il ne se passe rien. On troque trois mots contre un itinéraire, des paroles rares, précieuses, qui restent mais qui ne pèsent jamais.
Je parcours mon sentier immergé dans la beauté omniprésente. Toute cette beauté, Elia et moi, on la boit des yeux... On la scrute, on la célèbre. On avance entre deux pays que plus rien ne sépare sinon de vieilles bornes en pierre, des blockhaus, des casemates à demi enterrées et puis ce sentier paisible, gorgé d'eau ces temps-ci, qui serpente d'un nuage à l'autre.
Elia, c'est ma petite chienne, une sang-mêlé, bâtarde de bouvier et d'épagneul breton. Pauvre Elia... Ses oreilles raclent le sol, impossible de les remonter, elles attrapent tout ce qui traîne, la boue, les chardons, les tiques. Parfois, pour lui faciliter la vie, je les rassemble et fais un noeud avec. Ça ne la gêne pas, mon Elia, de se balader avec ce noeud de peau au sommet du crâne, deux gants de toilette repliés l'un sur l'autre, un vrai oeuf de Pâques. Elle trottine ardemment derrière moi. Elle connaît tous les baisers humains. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Revue de presse
Tantôt en pleine discussion métaphysique avec son pote de la Grande Chartreuse, tantôt assailli de souvenirs sentimentaux qui lui font mal au bas-ventre, Robert Coublevie est peut-être le dernier homme libre. En accompagnant son «chemineau», qui préfère l'odeur des gentianes de printemps à toute autre chose, Yves Bichet réussit un roman hybride et fascinant. L'histoire d'un homme qui a tout compris : la beauté de la nature, l'impureté des hommes et la possibilité d'un dieu. (Christine Ferniot - Télérama du 8 janvier 2014)
Peu à peu se dévoilent les secrets de ce polar métaphysique...
Prêtant au marcheur des cimes un miséricordieux " pas de côté ", Yves Bichet mène son vibrant récit vers un épilogue imprévu. On ne lit pas sans trouble ce roman splendidement noir, mais plein " d'énigmes et de bonté ". (Monique Petillon - Le Monde du 30 janvier 2014) --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Un mot de l'auteur
C'est l'histoire d'un homme, Robert Coublevie, qui choisit d'arpenter un bout de frontière entre l'Italie et la France pour oublier la femme qui l'a quitté. Il marche avec les marmottes et les gentianes, les oiseaux et les chamois, et il finit par regarder différemment le tumulte de la ville où se passent décidemment des choses étranges : des secrets lourds à porter, la vie sacrifiée de la petite Camille qu'il connaît depuis l'enfance et qui erre elle aussi entre deux rives, un meurtre dont il deviendra le coupable idéal... Il reste malgré tout la lumière du petit matin et surtout les mots permettant d'échapper à la solitude et à la sauvagerie. Il reste aussi chez mon personnage, au-delà de la morale, une bienveillance à explorer, un pardon sans mièvrerie qui déjouera la stratégie des hommes laids et, peut-être, à la fin, un grand rire d'homme libre...
Yves Bichet --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Biographie de l'auteur
Auteur polymorphe, Yves Bichet écrit essentiellement pour les adultes, des romans et des pièces de théâtre. "Peau noire Peau blanche" est son premier texte pour la jeunesse. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.
Quatrième de couverture
Robert Coublevie marche sur la plus belle frontière du monde. Sa femme l'a quitté et il croise des fleurs par milliers, des bêtes sauvages et libres. Malgré tout, de temps à autre, il doit replonger dans le chaudron des villes. La jeune Camille, elle, s'y débat comme un animal blessé, guettant les rumeurs du Café du Nord que tient son père. Elle a seize ans et dissimule des secrets. Jusqu'où va-t-elle entraîner Coublevie ? Veut-elle faire de lui le coupable idéal, le témoin complice ? Une chose est sûre : la traque a commencé. Yves Bichet dresse le portrait de personnages ardents et silencieux qui, debout sous les rafales, nous rappellent que la liberté est une folie joyeuse. --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.