Un des écrivains majeurs du XXe siècle se confronte à un des plus grands monstres de tous les temps, Adolf Hitler. Le narrateur n'est pas tout à fait l'officier SS qu'il dit être, et ce livre déroutant et audacieux vient couronner soixante ans d'une prodigieuse carrière littéraire. Un chef-d'oeuvre.
Un des écrivains majeurs du XXe siècle se confronte à un des plus grands monstres de tous les temps, Adolf Hitler. Avec sa bravoure et sa sensibilité habituelle, Mailer explore l'enfance et la famille du dictateur. Dieter, le narrateur, est un mystérieux SS en possession d'extraordinaires secrets sur les origines d'Hitler. Au fil de descriptions incisives, le lecteur découvre les parents incestueux mais aussi les frères et sœurs du jeune Adolf, qu'il suit depuis sa naissance jusqu'à son adolescence. Entre un père grossier et autoritaire et une mère indulgente mais lascive, le petit garçon développe ses obsessions futures : une fascination absolue pour le pouvoir, une grandiose image de lui-même, et un désir de massacre qui lui procure une véritable jouissance sexuelle. Au fur et à mesure que l'aspect diabolique d'Hitler se révèle, le récit prend une tournure de plus en plus métaphysique, exposant avec une extraordinaire finesse la nature du combat entre le bien et le mal qui existe en chacun de nous. Ce livre, déroutant et audacieux, son premier roman depuis plus de dix ans, vient couronner une prodigieuse carrière littéraire. Un chef-d'oeuvre.
Extrait
1
Appelez-moi donc DT. C'est une abréviation pour Dieter, un prénom allemand, DT fera très bien l'affaire à présent que je vis dans cet étrange pays, l'Amérique. Si je dois puiser dans mes réserves de patience, c'est que le temps qui passe ici n'a pour moi aucun sens, ce qui prédispose à la révolte. Est-ce pour cette raison que j'écris un livre ? Avec mes compagnons d'autrefois nous devions jurer de ne jamais nous lancer dans ce genre d'entreprise. N'étais-je pas membre, après tout, d'une organisation secrète exceptionnelle ? Elle répondait à la dénomination de SS, Section spéciale IV-2a, et nous étions placés directement sous l'autorité de Heinrich Himmler. On le considère aujourd'hui comme un monstre et mon propos n'est pas de le défendre, il s'est révélé un monstre de la pire espèce. Néanmoins, il avait une tournure d'esprit singulière et c'est bien l'une de ses théories qui m'a incité à me lancer dans ce projet littéraire qui, je peux le garantir, sortira de l'ordinaire.
2
La pièce où Himmler s'adressait à notre groupe d'élite était une petite salle de conférences aux lambris de noyer foncé et ne contenait que vingt sièges alignés en quatre rangées de cinq places chacune. Je ne vais pas m'appesantir sur ce genre de description, je préfère m'intéresser aux idées peu orthodoxes de Himmler : elles pourraient bien avoir été à l'origine du projet d'écrire cet ouvrage, qui devrait s'avérer dérangeant. Je sais que je vais devoir affronter des tempêtes, pourtant il me faut éradiquer nombre d'idées reçues. Une telle perspective provoque le chaos dans mon esprit. Chez les agents secrets, la tendance est généralement de taire les découvertes que l'on fait. La dissimulation est un art mais je me lance ici dans une aventure où je vais devoir renoncer à de tels talents. En voilà assez ! Laissez-moi vous présenter Heinrich Himmler. Toi, lecteur, tu dois te préparer à une rencontre plutôt désagréable. Cet homme, que derrière son dos on surnommait Heini, était devenu en 1938 un des quatre dirigeants les plus importants en Allemagne. Et pourtant, son véritable centre d'intérêt, celui auquel il s'adonnait en secret avec délices, c'était l'étude de l'inceste. Cette question faisait l'objet de nos recherches les plus approfondies et nos découvertes restaient confinées à des conférences secrètes. Selon Heini, l'inceste avait toujours été très répandu chez les pauvres de tous les pays. Notre paysannerie allemande elle-même en avait été gravement affectée, très longtemps, jusqu'au XIXe siècle. «En principe, faisait-il remarquer, personne parmi les gens cultivés ne daigne aborder cette question. Après tout, on n'y peut rien. Qui irait se mêler de prouver que tel pauvre diable est bien un produit de l'inceste ? Non, n'importe quelle institution de n'importe quelle nation civilisée s'empresse de dissimuler ce genre d'histoires sous le tapis.» Ou plutôt, tout dirigeant politique de n'importe quel pays du monde, à l'exception de notre Heinrich Himmler. Les idées les plus extraordinaires germaient derrière ses tristes lunettes. Il me faut insister sur le fait que cet homme au visage insignifiant et au menton fuyant affichait une expression étrange, un mélange déroutant de brio et de stupidité. Ainsi, il affirmait être païen et prédisait un avenir radieux à l'humanité lorsque le paganisme aurait étendu son empire sur le monde. Chaque âme jouirait alors de plaisirs auparavant inacceptables. Pourtant, aucun d'entre nous n'arrivait à imaginer une orgie où l'appétit sexuel atteindrait de tels sommets qu'il pourrait s'y trouver une femme prête à s'envoyer en l'air avec Heinrich Himmler. Oh non, même en faisant preuve d'idées radicalement novatrices ! Car on voyait toujours en lui le visage qu'il avait dû avoir autrefois au bal du lycée, le regard renfrogné du binoclard contemplant la tapisserie à fleurs, l'allure gauche d'un jeune homme, grand, mince, mal dans sa peau. Et déjà il avait un peu de ventre. Il était là, résigné, à attendre dans un coin pendant que les autres dansaient.
Biographie de l'auteur
Norman Mailer est né en 1923 à Long Branch, New Jersey, et a grandi à Brooklyn. Après avoir obtenu son diplôme de l'université de Harvard, il a été fusilier dans le Pacifique Sud pendant la seconde guerre mondiale. Il a publié son premier livre, Les Nus et les morts (Albin Michel, 1968), en 1948. Mailer a remporté le National Book Award et le prix Pulitzer en 1968 pour Les Armées de la nuit (Grasset, 1970) et a reçu à nouveau le prix Pulitzer en 1980 pour Le Chant du bourreau (Laffont, 1980).
Description:
Un des écrivains majeurs du XXe siècle se confronte à un des plus grands monstres de tous les temps, Adolf Hitler. Le narrateur n'est pas tout à fait l'officier SS qu'il dit être, et ce livre déroutant et audacieux vient couronner soixante ans d'une prodigieuse carrière littéraire. Un chef-d'oeuvre.
Un des écrivains majeurs du XXe siècle se confronte à un des plus grands monstres de tous les temps, Adolf Hitler.
Avec sa bravoure et sa sensibilité habituelle, Mailer explore l'enfance et la famille du dictateur. Dieter, le narrateur, est un mystérieux SS en possession d'extraordinaires secrets sur les origines d'Hitler. Au fil de descriptions incisives, le lecteur découvre les parents incestueux mais aussi les frères et sœurs du jeune Adolf, qu'il suit depuis sa naissance jusqu'à son adolescence. Entre un père grossier et autoritaire et une mère indulgente mais lascive, le petit garçon développe ses obsessions futures : une fascination absolue pour le pouvoir, une grandiose image de lui-même, et un désir de massacre qui lui procure une véritable jouissance sexuelle. Au fur et à mesure que l'aspect diabolique d'Hitler se révèle, le récit prend une tournure de plus en plus métaphysique, exposant avec une extraordinaire finesse la nature du combat entre le bien et le mal qui existe en chacun de nous.
Ce livre, déroutant et audacieux, son premier roman depuis plus de dix ans, vient couronner une prodigieuse carrière littéraire. Un chef-d'oeuvre.
Extrait
1
Appelez-moi donc DT. C'est une abréviation pour Dieter, un prénom allemand, DT fera très bien l'affaire à présent que je vis dans cet étrange pays, l'Amérique. Si je dois puiser dans mes réserves de patience, c'est que le temps qui passe ici n'a pour moi aucun sens, ce qui prédispose à la révolte. Est-ce pour cette raison que j'écris un livre ? Avec mes compagnons d'autrefois nous devions jurer de ne jamais nous lancer dans ce genre d'entreprise. N'étais-je pas membre, après tout, d'une organisation secrète exceptionnelle ? Elle répondait à la dénomination de SS, Section spéciale IV-2a, et nous étions placés directement sous l'autorité de Heinrich Himmler. On le considère aujourd'hui comme un monstre et mon propos n'est pas de le défendre, il s'est révélé un monstre de la pire espèce. Néanmoins, il avait une tournure d'esprit singulière et c'est bien l'une de ses théories qui m'a incité à me lancer dans ce projet littéraire qui, je peux le garantir, sortira de l'ordinaire.
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La pièce où Himmler s'adressait à notre groupe d'élite était une petite salle de conférences aux lambris de noyer foncé et ne contenait que vingt sièges alignés en quatre rangées de cinq places chacune. Je ne vais pas m'appesantir sur ce genre de description, je préfère m'intéresser aux idées peu orthodoxes de Himmler : elles pourraient bien avoir été à l'origine du projet d'écrire cet ouvrage, qui devrait s'avérer dérangeant. Je sais que je vais devoir affronter des tempêtes, pourtant il me faut éradiquer nombre d'idées reçues. Une telle perspective provoque le chaos dans mon esprit. Chez les agents secrets, la tendance est généralement de taire les découvertes que l'on fait. La dissimulation est un art mais je me lance ici dans une aventure où je vais devoir renoncer à de tels talents. En voilà assez ! Laissez-moi vous présenter Heinrich Himmler. Toi, lecteur, tu dois te préparer à une rencontre plutôt désagréable. Cet homme, que derrière son dos on surnommait Heini, était devenu en 1938 un des quatre dirigeants les plus importants en Allemagne. Et pourtant, son véritable centre d'intérêt, celui auquel il s'adonnait en secret avec délices, c'était l'étude de l'inceste. Cette question faisait l'objet de nos recherches les plus approfondies et nos découvertes restaient confinées à des conférences secrètes. Selon Heini, l'inceste avait toujours été très répandu chez les pauvres de tous les pays. Notre paysannerie allemande elle-même en avait été gravement affectée, très longtemps, jusqu'au XIXe siècle. «En principe, faisait-il remarquer, personne parmi les gens cultivés ne daigne aborder cette question. Après tout, on n'y peut rien. Qui irait se mêler de prouver que tel pauvre diable est bien un produit de l'inceste ? Non, n'importe quelle institution de n'importe quelle nation civilisée s'empresse de dissimuler ce genre d'histoires sous le tapis.»
Ou plutôt, tout dirigeant politique de n'importe quel pays du monde, à l'exception de notre Heinrich Himmler. Les idées les plus extraordinaires germaient derrière ses tristes lunettes. Il me faut insister sur le fait que cet homme au visage insignifiant et au menton fuyant affichait une expression étrange, un mélange déroutant de brio et de stupidité. Ainsi, il affirmait être païen et prédisait un avenir radieux à l'humanité lorsque le paganisme aurait étendu son empire sur le monde. Chaque âme jouirait alors de plaisirs auparavant inacceptables. Pourtant, aucun d'entre nous n'arrivait à imaginer une orgie où l'appétit sexuel atteindrait de tels sommets qu'il pourrait s'y trouver une femme prête à s'envoyer en l'air avec Heinrich Himmler. Oh non, même en faisant preuve d'idées radicalement novatrices ! Car on voyait toujours en lui le visage qu'il avait dû avoir autrefois au bal du lycée, le regard renfrogné du binoclard contemplant la tapisserie à fleurs, l'allure gauche d'un jeune homme, grand, mince, mal dans sa peau. Et déjà il avait un peu de ventre. Il était là, résigné, à attendre dans un coin pendant que les autres dansaient.
Biographie de l'auteur
Norman Mailer est né en 1923 à Long Branch, New Jersey, et a grandi à Brooklyn. Après avoir obtenu son diplôme de l'université de Harvard, il a été fusilier dans le Pacifique Sud pendant la seconde guerre mondiale. Il a publié son premier livre, Les Nus et les morts (Albin Michel, 1968), en 1948. Mailer a remporté le National Book Award et le prix Pulitzer en 1968 pour Les Armées de la nuit (Grasset, 1970) et a reçu à nouveau le prix Pulitzer en 1980 pour Le Chant du bourreau (Laffont, 1980).