Pénélope, la désormais fameuse conservatrice de Versailles, qui a déjà révélé les inquiétants mystères de la tapisserie de Bayeux ( Intrigue à l'anglaise ) et du château de Versailles ( Intrigue à Versailles ), passe une semaine à Venise pour un savant colloque. Un illustre écrivain français, qui ne publie que sur cette ville, meurt tragiquement. Bientôt, ce sont tous les "écrivains français de Venise", club d'habitude paisible, qui sont menacés. Pénélope se retrouve au cœur d'une énigme dont l'origine remonterait au fameux Bal du Siècle, donné par Carlos de Beistegui dans son palais de la Sérénissime en 1951. Aidée par son fiancé le journaliste Wandrille, elle se lance sur la piste d'un tableau de Rembrandt que personne n'a jamais vu et qui dormirait quelque part sur une des îles de la lagune. Les plus grands hommes de lettres français commencent à craindre pour leur vie...
Extrait
Traque dans la chambre turque
Rome, mercredi 24 mai 2000, au milieu de la nuit
«Assassiné à Rome quand on est le grand écrivain de Venise, c'est de la négligence ! Finir dans la chambre turque de la Villa Médicis, pitié ! Ça ferait trop rire ce pauvre Jacquelin de Craonne !» Le vieil homme sec, les joues creusées dans un ivoire gothique, regarde une dernière fois les formes géométriques : carrés magiques, cercles, diagonales, croissants et roses. Des panneaux de céramique algériens, ce bleu, ce jaune, ce sol rouge et noir, ce décor du XIXe siècle, son ultime décor ? Son sang s'en ira d'un coup d'éponge. Pour ça, c'est bien, la céramique. La nuit est bruyante à Rome. Sur le fond du brouhaha qui monte jusqu'à ses fenêtres, il a d'abord entendu les coups sur le bois, tout proches. Achille s'est levé d'un bond. Il a hésité à enlever son pyjama pour s'habiller et leur faire face en costume, la main dans la poche de la veste, avec une pochette blanche. Il s'est rassis. Tout est perdu. «Je ne pensais pas que ce serait ça, la dernière oeuvre d'art que j'aurais sous les yeux. Du carrelage. Si je me barricade dans la troisième pièce de la suite, celle du fond, je peux gagner dix minutes, le temps qu'ils enfoncent toutes les portes... Si cet incapable de Rodolphe avait l'idée de se pointer...» Depuis deux ans qu'il est directeur de l'Académie de France à Rome, «la Villa» comme on dit, cette jolie auberge de jeunesse nichée dans un palais de la Renaissance, l'ambassadeur Rodolphe Lambel n'oublie pas ses amis. Il a laissé le mois dernier cette suite «turque», la plus belle cache du monde, à son camarade des Affaires étrangères, Achille Novéant, sans savoir trop pourquoi l'académicien lui demandait l'hospitalité. Achille n'avait rien raconté à son meilleur ami, son Patrocle, son frère ; les menaces, la signification des têtes de chat coupées, la traque dans Paris... À Rome, personne ne devait le voir. Tout le monde devait le croire encore dans son appartement parisien, rue de Rennes. Achille et Patrocle, on les appelait comme ça à Sciences-Po, ils avaient vingt ans, ils faisaient tomber toutes les filles pour leur voler leurs fiches de lecture. Son ami Lambel lui a aménagé sous les toits de la Villa une retraite digne du Masque de fer à Sainte-Marguerite. Au dernier étage, l'interminable escalier à vis conduisait à cette chambre, mythique depuis que Balthus, quand il était directeur de la Villa Médicis, s'y était enfermé durant des semaines pour peindre une petite fille nue, ou presque nue - ce qui est pire. Elle tient un miroir. Elle montre ses cuisses. Elle a douze ans. Le tableau est au Centre Pompidou. Le sort des tableaux provocants est de finir dans les musées pour que les groupes scolaires défilent devant eux. Et il y en a eu, dans l'histoire, avec Courbet, avec Rembrandt même... Si Balthus avait commis cela aujourd'hui, il serait à la Santé. Son cadavre à lui, pauvre Achille, sera bientôt à la morgue, avec ses furlane pourpres - ses pantoufles de doge achetées à la petite boutique en face du café, Calle Nuova Sant' Agnese, à l'arrière du palais Contarini-Polignac. Dès qu'il avait vu le chat mort, la tête tranchée, sur le paillasson de la rue de Rennes, Achille Novéant avait compris ce que cela voulait dire. Il allait payer. Il avait déguerpi.
Revue de presse
Adrien Goetz est le Maurice Leblanc des musées, l'Enid Blyton du patrimoine, un Dan Brown qui aurait troqué l'ésotérisme pour du style et beaucoup d'esprit. Ce très sérieux historien de l'art possède l'art des histoires plus légères, dans lesquelles érudition et fantaisie font bon ménage. Après avoir brodé une intrigue autour de la tapisserie de Bayeux et transformé Versailles en Cluedo, le maître du "polart" nous emmène cette fois-ci à Venise, ville propice à faire tomber les masques... Cicerone facétieux, Adrien Goetz promène son lecteur hors des canaux battus tout en le faisant bien gondoler. (Thomas Mahler - Le Point du 26 avril 2012)
Ce normalien, maître de conférences en histoire de l'art à la Sorbonne, a tous les " travers " requis pour figurer parmi ses propres personnages de fiction. Essayiste brillant, il croise en romancier une connaissance aiguë du monde de l'art avec son goût pour les intrigues feuilletonesques... Une fête pour l'esprit, espièglerie en prime. (Philippe-Jean Catinchi - Le Monde du 10 mai 2012)
Dans sa nouvelle «Intrigue», Adrien Goetz nous invite à Venise. Au menu : du sang, un meurtre, un Rembrandt et de l'humour... Avec Adrien Goetz, on est tranquille : maître du suspense, il l'est aussi d'un royaume où il fait donner à tout instant la comédie des masques. Venise féroce, Venise inquiétante. Mais aussi Venise très drôle... Fine plume, Adrien Goetz préfère captiver et enchanter son lecteur en toute légèreté. Sans cuistrerie, il nourrit son récit d'anecdotes, de faits, de descriptions qui enrichissent avec bonheur son évocation d'une Venise mystérieuse et enchanteresse. Un pur bonheur ? Normal, on est à Venise ! (Bernard Géniès - Le Nouvel Observateur du 10 mai 2012)
Biographie de l'auteur
Adrien Goetz, membre de l’Institut, est romancier et historien de l’art. Tous ses romans ont trait au monde de l’art, du patrimoine et des musées. Il a publié chez Grasset Le Coiffeur de Chateaubriand ou Villa Kérylos. Il est l’auteur de la célèbre série policière des enquêtes de Pénélope, d’ Intrigue à l’anglaise (2007) à Intrigue en Égypte (2020).
Description:
Pénélope, la désormais fameuse conservatrice de Versailles, qui a déjà révélé les inquiétants mystères de la tapisserie de Bayeux ( Intrigue à l'anglaise ) et du château de Versailles ( Intrigue à Versailles ), passe une semaine à Venise pour un savant colloque. Un illustre écrivain français, qui ne publie que sur cette ville, meurt tragiquement. Bientôt, ce sont tous les "écrivains français de Venise", club d'habitude paisible, qui sont menacés. Pénélope se retrouve au cœur d'une énigme dont l'origine remonterait au fameux Bal du Siècle, donné par Carlos de Beistegui dans son palais de la Sérénissime en 1951. Aidée par son fiancé le journaliste Wandrille, elle se lance sur la piste d'un tableau de Rembrandt que personne n'a jamais vu et qui dormirait quelque part sur une des îles de la lagune. Les plus grands hommes de lettres français commencent à craindre pour leur vie...
Extrait
Traque dans la chambre turque
Rome,
mercredi 24 mai 2000, au milieu de la nuit
«Assassiné à Rome quand on est le grand écrivain de Venise, c'est de la négligence ! Finir dans la chambre turque de la Villa Médicis, pitié ! Ça ferait trop rire ce pauvre Jacquelin de Craonne !»
Le vieil homme sec, les joues creusées dans un ivoire gothique, regarde une dernière fois les formes géométriques : carrés magiques, cercles, diagonales, croissants et roses. Des panneaux de céramique algériens, ce bleu, ce jaune, ce sol rouge et noir, ce décor du XIXe siècle, son ultime décor ? Son sang s'en ira d'un coup d'éponge. Pour ça, c'est bien, la céramique.
La nuit est bruyante à Rome. Sur le fond du brouhaha qui monte jusqu'à ses fenêtres, il a d'abord entendu les coups sur le bois, tout proches. Achille s'est levé d'un bond. Il a hésité à enlever son pyjama pour s'habiller et leur faire face en costume, la main dans la poche de la veste, avec une pochette blanche.
Il s'est rassis. Tout est perdu.
«Je ne pensais pas que ce serait ça, la dernière oeuvre d'art que j'aurais sous les yeux. Du carrelage. Si je me barricade dans la troisième pièce de la suite, celle du fond, je peux gagner dix minutes, le temps qu'ils enfoncent toutes les portes... Si cet incapable de Rodolphe avait l'idée de se pointer...»
Depuis deux ans qu'il est directeur de l'Académie de France à Rome, «la Villa» comme on dit, cette jolie auberge de jeunesse nichée dans un palais de la Renaissance, l'ambassadeur Rodolphe Lambel n'oublie pas ses amis. Il a laissé le mois dernier cette suite «turque», la plus belle cache du monde, à son camarade des Affaires étrangères, Achille Novéant, sans savoir trop pourquoi l'académicien lui demandait l'hospitalité.
Achille n'avait rien raconté à son meilleur ami, son Patrocle, son frère ; les menaces, la signification des têtes de chat coupées, la traque dans Paris... À Rome, personne ne devait le voir. Tout le monde devait le croire encore dans son appartement parisien, rue de Rennes. Achille et Patrocle, on les appelait comme ça à Sciences-Po, ils avaient vingt ans, ils faisaient tomber toutes les filles pour leur voler leurs fiches de lecture. Son ami Lambel lui a aménagé sous les toits de la Villa une retraite digne du Masque de fer à Sainte-Marguerite.
Au dernier étage, l'interminable escalier à vis conduisait à cette chambre, mythique depuis que Balthus, quand il était directeur de la Villa Médicis, s'y était enfermé durant des semaines pour peindre une petite fille nue, ou presque nue - ce qui est pire. Elle tient un miroir. Elle montre ses cuisses. Elle a douze ans. Le tableau est au Centre Pompidou. Le sort des tableaux provocants est de finir dans les musées pour que les groupes scolaires défilent devant eux. Et il y en a eu, dans l'histoire, avec Courbet, avec Rembrandt même... Si Balthus avait commis cela aujourd'hui, il serait à la Santé. Son cadavre à lui, pauvre Achille, sera bientôt à la morgue, avec ses furlane pourpres - ses pantoufles de doge achetées à la petite boutique en face du café, Calle Nuova Sant' Agnese, à l'arrière du palais Contarini-Polignac. Dès qu'il avait vu le chat mort, la tête tranchée, sur le paillasson de la rue de Rennes, Achille Novéant avait compris ce que cela voulait dire. Il allait payer. Il avait déguerpi.
Revue de presse
Adrien Goetz est le Maurice Leblanc des musées, l'Enid Blyton du patrimoine, un Dan Brown qui aurait troqué l'ésotérisme pour du style et beaucoup d'esprit. Ce très sérieux historien de l'art possède l'art des histoires plus légères, dans lesquelles érudition et fantaisie font bon ménage. Après avoir brodé une intrigue autour de la tapisserie de Bayeux et transformé Versailles en Cluedo, le maître du "polart" nous emmène cette fois-ci à Venise, ville propice à faire tomber les masques...
Cicerone facétieux, Adrien Goetz promène son lecteur hors des canaux battus tout en le faisant bien gondoler. (Thomas Mahler - Le Point du 26 avril 2012)
Ce normalien, maître de conférences en histoire de l'art à la Sorbonne, a tous les " travers " requis pour figurer parmi ses propres personnages de fiction. Essayiste brillant, il croise en romancier une connaissance aiguë du monde de l'art avec son goût pour les intrigues feuilletonesques...
Une fête pour l'esprit, espièglerie en prime. (Philippe-Jean Catinchi - Le Monde du 10 mai 2012)
Dans sa nouvelle «Intrigue», Adrien Goetz nous invite à Venise. Au menu : du sang, un meurtre, un Rembrandt et de l'humour...
Avec Adrien Goetz, on est tranquille : maître du suspense, il l'est aussi d'un royaume où il fait donner à tout instant la comédie des masques. Venise féroce, Venise inquiétante. Mais aussi Venise très drôle...
Fine plume, Adrien Goetz préfère captiver et enchanter son lecteur en toute légèreté. Sans cuistrerie, il nourrit son récit d'anecdotes, de faits, de descriptions qui enrichissent avec bonheur son évocation d'une Venise mystérieuse et enchanteresse. Un pur bonheur ? Normal, on est à Venise ! (Bernard Géniès - Le Nouvel Observateur du 10 mai 2012)
Biographie de l'auteur
Adrien Goetz, membre de l’Institut, est romancier et historien de l’art. Tous ses romans ont trait au monde de l’art, du patrimoine et des musées. Il a publié chez Grasset Le Coiffeur de Chateaubriand ou Villa Kérylos. Il est l’auteur de la célèbre série policière des enquêtes de Pénélope, d’ Intrigue à l’anglaise (2007) à Intrigue en Égypte (2020).