Elle écarta les bras, les mains ouvertes, et tint la pose un instant avant de se mettre en mouvement. Le placement de ses pas, l'angle de ses poignets : tout était chorégraphié, automatique, parfait. Son corps ondoyait d'une position à l'autre, tour à tour gracieux, séducteur, soumis. Le roulement du tambour était un compagnon familier dont le rythme la consumait. Son coeur battait en cadence avec ces basses profondes ; ses mouvements de pieds et de mains épousaient les sonorités plus légères des petits instruments. La danse ralentit et ses ondulations se firent languissantes, érotiques. Elle se délectait de l'euphorie qui l'accompagnait. La douleur qui parcourait ses muscles sacrifiés à la perfection de son art ne faisait qu'ajouter à cette ivresse. La sueur l'aveuglait, mais elle n'avait pas besoin de ses yeux : le sol était plat, recouvert de sable, et elle savait où la musique l'emmènerait. Le tambour accéléra encore en un puissant crescendo - puis s'arrêta brusquement. Le silence lui martela les tympans et elle s'effondra face contre terre, luttant pour reprendre son souffle. Les applaudissements d'une seule paire de mains remplacèrent les échos des percussions. - Très joli, petite, dit la voix honnie du Maître. Rialla s'assit brusquement dans son lit. Ses draps étaient trempés par la sueur d'une danse d'autrefois. Par réflexe, elle porta machinalement les mains à son cou, mais le collier d'esclave avait depuis longtemps disparu et sur son visage une cicatrice avait remplacé l'horrible tatouage. Tremblante, elle passa la main dans ses cheveux puis rejeta les couvertures et quitta son lit, même s'il restait encore plusieurs heures avant l'aube. Dans le dédale du plus vieux bâtiment de la ville, Ren, mieux connu sous le titre de Maître Espion de Sianim, s'installa dans son fauteuil et regarda distraitement par la fenêtre. Le fauteuil en question avait été fait pour son prédécesseur, un homme bien plus imposant que lui. Ren - chétif, dégarni et grisonnant - avait l'air quelque peu ridicule assis dessus, comme un petit garçon jouant à l'adulte. Pourtant, personne dans la cité mercenaire de Sianim n'aurait qualifié le Maître Espion de ridicule, car il était plus puissant que bien des rois. Ren détourna son fauteuil de la fenêtre et posa les pieds sur son bureau encombré sans se préoccuper de la pile de papiers qui heurta le sol avec un bruit mat. Le menton dans la main, il attendit patiemment l'arrivée de celle qu'il avait mandée. Enfin, on frappa doucement à la porte.
Présentation de l'éditeur
Réduite en esclavage alors qu'elle était encore enfant, Rialla a fui son odieux maître et vit désormais à Sianim. Un jour, se présente l'occasion de se venger. Un seigneur cherche à abolir l'esclavage, mais d'autres sont prêts à tout pour l'arrêter. Choisie pour empêcher son assassinat, Rialla se retrouve plongée dans un monde de magie et de dieux cruels, où ses alliés ne sont pas ce qu'ils semblent être... Si l'espionne connaît le danger de sa mission, l'ancienne esclave sait qu'elle n'a pas le choix.
Description:
Extrait
Elle écarta les bras, les mains ouvertes, et tint la pose un instant avant de se mettre en mouvement. Le placement de ses pas, l'angle de ses poignets : tout était chorégraphié, automatique, parfait. Son corps ondoyait d'une position à l'autre, tour à tour gracieux, séducteur, soumis.
Le roulement du tambour était un compagnon familier dont le rythme la consumait. Son coeur battait en cadence avec ces basses profondes ; ses mouvements de pieds et de mains épousaient les sonorités plus légères des petits instruments. La danse ralentit et ses ondulations se firent languissantes, érotiques.
Elle se délectait de l'euphorie qui l'accompagnait. La douleur qui parcourait ses muscles sacrifiés à la perfection de son art ne faisait qu'ajouter à cette ivresse. La sueur l'aveuglait, mais elle n'avait pas besoin de ses yeux : le sol était plat, recouvert de sable, et elle savait où la musique l'emmènerait.
Le tambour accéléra encore en un puissant crescendo - puis s'arrêta brusquement. Le silence lui martela les tympans et elle s'effondra face contre terre, luttant pour reprendre son souffle. Les applaudissements d'une seule paire de mains remplacèrent les échos des percussions.
- Très joli, petite, dit la voix honnie du Maître.
Rialla s'assit brusquement dans son lit. Ses draps étaient trempés par la sueur d'une danse d'autrefois. Par réflexe, elle porta machinalement les mains à son cou, mais le collier d'esclave avait depuis longtemps disparu et sur son visage une cicatrice avait remplacé l'horrible tatouage.
Tremblante, elle passa la main dans ses cheveux puis rejeta les couvertures et quitta son lit, même s'il restait encore plusieurs heures avant l'aube.
Dans le dédale du plus vieux bâtiment de la ville, Ren, mieux connu sous le titre de Maître Espion de Sianim, s'installa dans son fauteuil et regarda distraitement par la fenêtre.
Le fauteuil en question avait été fait pour son prédécesseur, un homme bien plus imposant que lui. Ren - chétif, dégarni et grisonnant - avait l'air quelque peu ridicule assis dessus, comme un petit garçon jouant à l'adulte. Pourtant, personne dans la cité mercenaire de Sianim n'aurait qualifié le Maître Espion de ridicule, car il était plus puissant que bien des rois.
Ren détourna son fauteuil de la fenêtre et posa les pieds sur son bureau encombré sans se préoccuper de la pile de papiers qui heurta le sol avec un bruit mat. Le menton dans la main, il attendit patiemment l'arrivée de celle qu'il avait mandée.
Enfin, on frappa doucement à la porte.
Présentation de l'éditeur
Réduite en esclavage alors qu'elle était encore enfant, Rialla a fui son odieux maître et vit désormais à Sianim. Un jour, se présente l'occasion de se venger. Un seigneur cherche à abolir l'esclavage, mais d'autres sont prêts à tout pour l'arrêter. Choisie pour empêcher son assassinat, Rialla se retrouve plongée dans un monde de magie et de dieux cruels, où ses alliés ne sont pas ce qu'ils semblent être... Si l'espionne connaît le danger de sa mission, l'ancienne esclave sait qu'elle n'a pas le choix.