Daniel Laurençon, alias Netchaïev, tout le monde le croyait mort, assassiné depuis cinq ans. Mais maintenant, Netchaïev est de retour, bien vivant face à celui qui l'avait aidé à disparaître bien décidé à jouer sa carte personnelle et acheter son impunité.
Tout se complique après la mort de son complice et l'entrée en jeu de Pierre Marroux, le directeur de la DST. Il héberge chez lui la jeune Sonsoles qui est en danger et lui confie que Netchaïev n'est autre que son fils qui, à une époque, a viré terroriste en rompant avec lui et en prenant pour nom celui de sa mère, Laurençon.
Ses quatre anciens compagnons révolutionnaires sont sur le pied de guerre, eux qui ont bien réussi depuis : Brigitte celle qui fut sa compagne pendant six ans ; un avocat d'affaires, ex-mari de Brigitte ; Élie, l'écrivain et Philippe, directeur de journal. Daniel Laurençon finit pas savoir la vérité : l'un de ses amis avait voulu sa perte, qui organisait avec le gouvernement, un trafic d'armes particulièrement lucratif.
Dès lors, il n'y avait aucune échappatoire : Netchaïev savait et devait disparaître. Mais tout n'est pas si simple, surtout pour le commissaire Marroux, coincé entre son devoir et la volonté d'aider son fils.
Peu de temps avant le règlement de comptes final, Daniel Laurençon et Marc Liliental se retrouvent devant l'église d'Houdan et contemplent « dans l'arc de son portail gothique », au-dessus des battants, cette inscription a-priori surprenante sur ce fronton d'église : « Le peuple reconnaît l'existence de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme. »
- « Tu ne trouves pas ça sublime » dit Daniel avec un air narquois. - « Sublime d'arrogance, de sottise, d'absurdité ! » réplique Marc.
Marc Liliental, pensif, songeait : « Quelle superbe épitaphe pour cette histoire. Quelle superbe façon de rappeler la folie de toute tentative de prendre la place de Dieu, de se croire porteur de vérités absolues, pionnier sur la voie du salut. Restons à notre place, pensait-il, et Dieu à la sienne. »
Résumé :
Du groupe d'extrême gauche de «l'avant-garde prolétarienne» dont ils avaient tous fait partie, Elie Silberberg est le seul qui n'a pas connu de réussite sociale. Les autres ont fini par maîtriser cette société qu'ils avaient voulu détruire. Ils ont mis dans leur nouvelle bataille autant de passion que dans leur volonté de changement vingt ans plus tôt. Ils ont conquis le pouvoir et l'argent.
D'eux tous, Elie Silberberg est le moins en vue, ou plutôt le moins en vue des quatre survivants. Car le cinquième du groupe est mort. Il s'appelait Daniel Laurençon, dit « Netchaïev ». Et c'est eux qui l'avaient tué, vingt ans plus tôt, pour survivre.
Commentaires :
Dans ce roman, brillamment écrit avec son mélange associatif du passé et du présent, Jorge Semprun tente d'élucider le problème qui l'obsèdera durant toute sa vie d'écrivain : le `rutilant mystère de la liberté de l'être humain et inhumain: le bien, le mal, le plaisir de la souffrance et de la servitude.'
Ce roman est une profonde méditation sur la liberté de l'homme y compris son autodestruction et la violence politique (le rapport entre terrorisme et révolution).
Son but est de `faire éclater l'évidence de la vérité' sur l'action politique, la révolution, la violence et le Léninisme.
Le révolutionnaire pur et dur
Pour Netchaïev et son `Catéchisme révolutionnaire', `le révolutionnaire est un homme perdu. Implacable pour l'Etat et en général pour toute la société privilégiée - cultivée, il ne s'attend lui-même à aucune pitié. Chaque jour il doit être prêt à mourir. (Il) méprise l'opinion publique. Pour lui, tout ce qui permet le triomphe de la révolution est moral; est immoral tout ce qui l'entrave.'
Le Léninisme
Stratégiquement parlant, le Léninisme ne vise rien d'autre que `la destruction de la démocratie représentative. La théorie de Marx concevait l'émancipation de la classe ouvrière comme le résultat de l'activité de la classe elle-même. La théorie de Lénine substituait à l'activité de la classe - considérée par lui incapable de dépasser l'horizon borné de ses intérêts économiques - celle d'un parti séparé professionnellement de la société. La lutte armée substituait à l'activité du parti prolétarien, accusé de dégénérescence bureaucratique, celle d'un noyau militaire ou d'un foyer de guérilla ou d'un parti combattant.'
Le résultat de la violence
Pour Jorge Semprun, `les armes n'ont jamais produit que des pouvoirs dictatoriaux. En revanche, toutes les expériences de reconstruction d'une société civile sont liées aux luttes de masse pacifiques.' `Le discours révolutionnaire contourne toujours la réalité, qui n'est jamais révolutionnaire dans le sens léniniste du terme. Les révolutionnaires ont besoin de nier le principe de réalité pour s'octroyer une légitimité historique grâce à l'imminence proclamée de la Révolution, qui sanctifie tout, fin ultime qui justifie tous les moyens.'
Les thèmes du roman, comme la violence, le terrorisme, les (tentatives de) coups d'Etat, les provocations sanglantes, les manipulations et les luttes doctrinaires personnelles) sont encore plus d'actualité que lors de la parution du livre, évidemment à un autre niveau.
Description:
Daniel Laurençon, alias Netchaïev, tout le monde le croyait mort, assassiné depuis cinq ans. Mais maintenant, Netchaïev est de retour, bien vivant face à celui qui l'avait aidé à disparaître bien décidé à jouer sa carte personnelle et acheter son impunité.
Tout se complique après la mort de son complice et l'entrée en jeu de Pierre Marroux, le directeur de la DST. Il héberge chez lui la jeune Sonsoles qui est en danger et lui confie que Netchaïev n'est autre que son fils qui, à une époque, a viré terroriste en rompant avec lui et en prenant pour nom celui de sa mère, Laurençon.
Ses quatre anciens compagnons révolutionnaires sont sur le pied de guerre, eux qui ont bien réussi depuis : Brigitte celle qui fut sa compagne pendant six ans ; un avocat d'affaires, ex-mari de Brigitte ; Élie, l'écrivain et Philippe, directeur de journal. Daniel Laurençon finit pas savoir la vérité : l'un de ses amis avait voulu sa perte, qui organisait avec le gouvernement, un trafic d'armes particulièrement lucratif.
Dès lors, il n'y avait aucune échappatoire : Netchaïev savait et devait disparaître. Mais tout n'est pas si simple, surtout pour le commissaire Marroux, coincé entre son devoir et la volonté d'aider son fils.
Peu de temps avant le règlement de comptes final, Daniel Laurençon et Marc Liliental se retrouvent devant l'église d'Houdan et contemplent « dans l'arc de son portail gothique », au-dessus des battants, cette inscription a-priori surprenante sur ce fronton d'église : « Le peuple reconnaît l'existence de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme. »
- « Tu ne trouves pas ça sublime » dit Daniel avec un air narquois.
- « Sublime d'arrogance, de sottise, d'absurdité ! » réplique Marc.
Marc Liliental, pensif, songeait : « Quelle superbe épitaphe pour cette histoire. Quelle superbe façon de rappeler la folie de toute tentative de prendre la place de Dieu, de se croire porteur de vérités absolues, pionnier sur la voie du salut. Restons à notre place, pensait-il, et Dieu à la sienne. »