Comme tout le monde le sait, la particularité de ce livre est de ne comporter aucun "e". Certes. Mais qu'on n'aille pas dire que cette particularité linguistique n'est pas la seule chose à voir dans ce roman, qu'il y a aussi l'histoire, etc ! Grossière erreur ! Cette absence est fondamentale du livre, elle en constitue l'histoire, le dénouement, le personnage principal !
L'histoire de base est assez difficilement résumable, étant donné son côté très baroque (une foule d'histoires imbriquées les unes dans les autres, une écriture foisonnante, jouissive, parfois même un peu prise de tête), mais le livre commence sur la révolte d'une ville entière affamée. Puis nous suivons la souffrance d'Anton Voyl, qui souffre d'un manque de sommeil consistant. Puis il disparaît, et ses amis se mettent à sa recherche, mais leur chemin est truffé de cadavres, de non-dits, de secrets et de disparus.
La lettre "e" est présente partout, même sans l'être. Il y a vingt-cinq chapitres, étant donné qu'il manque le numéro cinq, ou bien le cinquième carton manque, etc. Difficile d'oublier cette absence.
Cette disparition s'apparente à la disparition de l'essentiel : dans l'histoire, il manque la nourriture, le sommeil, la solution, donc l'essentiel. Les titres des chapitres sont accessoires parce qu'ils taisent l'essentiel. Les personnages tournent en rond, et meurent les uns après les autres parce qu'ils sont fondamentalement incapables de comprendre ce qu'est la clé, eux-mêmes vivant dans un monde sans "e". Dans la réalité (la nôtre), il y a l'absence de souvenirs d'enfance de Pérec (cf "W ou le souvenir d'enfance", du même auteur), la disparition de ses parents quand il était jeune, etc.
Il ne faut donc pas oublier que Pérec faisait partie de l'Oulipo, pour qui l'écriture est le lieu privilégié de l'expérimentation, du jeu (cf "La Vie mode d'emploi", de Georges Pérec), et que si la prouesse technique est là, elle ne sert pas à faire joli, mais amène toute une réflexion sur notre essentiel à nous, le rôle de l'écriture, et, il faut le dire, le génie de Georges Pérec.
Description:
Comme tout le monde le sait, la particularité de ce livre est de ne comporter aucun "e". Certes. Mais qu'on n'aille pas dire que cette particularité linguistique n'est pas la seule chose à voir dans ce roman, qu'il y a aussi l'histoire, etc ! Grossière erreur ! Cette absence est fondamentale du livre, elle en constitue l'histoire, le dénouement, le personnage principal !
L'histoire de base est assez difficilement résumable, étant donné son côté très baroque (une foule d'histoires imbriquées les unes dans les autres, une écriture foisonnante, jouissive, parfois même un peu prise de tête), mais le livre commence sur la révolte d'une ville entière affamée. Puis nous suivons la souffrance d'Anton Voyl, qui souffre d'un manque de sommeil consistant. Puis il disparaît, et ses amis se mettent à sa recherche, mais leur chemin est truffé de cadavres, de non-dits, de secrets et de disparus.
La lettre "e" est présente partout, même sans l'être. Il y a vingt-cinq chapitres, étant donné qu'il manque le numéro cinq, ou bien le cinquième carton manque, etc. Difficile d'oublier cette absence.
Cette disparition s'apparente à la disparition de l'essentiel : dans l'histoire, il manque la nourriture, le sommeil, la solution, donc l'essentiel. Les titres des chapitres sont accessoires parce qu'ils taisent l'essentiel. Les personnages tournent en rond, et meurent les uns après les autres parce qu'ils sont fondamentalement incapables de comprendre ce qu'est la clé, eux-mêmes vivant dans un monde sans "e". Dans la réalité (la nôtre), il y a l'absence de souvenirs d'enfance de Pérec (cf "W ou le souvenir d'enfance", du même auteur), la disparition de ses parents quand il était jeune, etc.
Il ne faut donc pas oublier que Pérec faisait partie de l'Oulipo, pour qui l'écriture est le lieu privilégié de l'expérimentation, du jeu (cf "La Vie mode d'emploi", de Georges Pérec), et que si la prouesse technique est là, elle ne sert pas à faire joli, mais amène toute une réflexion sur notre essentiel à nous, le rôle de l'écriture, et, il faut le dire, le génie de Georges Pérec.