1941. C'est la nuit permanente sur le ghetto de Prokov. Au fil des jours, égaré dans un décor apocalyptique, Ranek lutte pour sa survie. Réduits à des ombres, comme s'ils n'avaient plus ni âme ni corps, les personnages baignent dans le brouillard. Pourtant, les scènes d'amour hâtives, de solidarité ou de naissances au milieu du ghetto montrent que, même plongée dans l'horreur, l'humanité s'accroche. Grande fresque de la cruauté et du grotesque, Nuit est le point de départ de l'oeuvre d'Hilsenrath. Resté occulté en Allemagne près de vingt ans, il est aujourd'hui considéré comme son chef d'oeuvre.
Laurent Robertle 21 janvier 2013 : Ranek est juif et, comme des milliers d'autres, il est à ce titre enfermé dans le ghetto de Prokov. (J'ai vu des lecteurs se demander pourquoi le personnage était dans un tel lieu, ce qu'il y faisait comme si la seconde guerre mondiale et le génocide planifié par le troisième Reich n'avaient pas existé transformant l'horreur subie par des millions d'hommes en un fait divers oublié et donc qu'il était nécessaire de (re)contextualiser!). Nous assistons à la survie, au jour le jour, d'un prisonnier de ce ghetto. Sa lutte pour rester en vie est réduite à sa nécessité la plus extrême, heure après heure, un jour après l'autre, un jour après celui-ci puis encore un autre... Pour cela, deux conditions doivent être réunies : être à l'abri et manger. Et si manger et se mettre à l'abri signifient voler la place d'un autre, la nourriture d'un autre, ne partager ni sa couche ni sa pitance, laisser un malade mourir, voler un mort ou lui arracher ses dents en or pour les vendre et ...s'abriter et manger, alors Ranek le fera. Tous le font. Un marché noir du sordide s'est même mis en place. La vie est ramenée à sa nécessité la plus extrême : une demi place sous un banc dans une pièce ou trente personnes s'entassent et engagent une lutte féroce pour la garder, des heures de marche et d'attente pour récolter cinq pommes de terre durcies dont une sur deux est pourrie par le gel. Si Ranek ne le fait pas, il tombe; et s'il tombe, il meurt. Cette équation terrible est poussée dans son horreur quotidienne la plus excessive et son réalisme cru vous fait tressauter le coeur page après page, au point qu'entre deux chapitres, il vous faut parfois faire une pause pour que votre quotidien, les murs de votre chambre, votre canapé douillet, la chaleur de votre appartement, vous redonnent un peu d'oxygène avant de replonger dans l'enfer du ghetto de Prokov.
emmanuelwle 10 octobre 2012
C'est un livre horrible et magnifique; celà se passe dans un ghetto juif en 1942 (pour répondre au comentaire négatif précédent, il n'y a rien à savoir de plus que le b a ba de la dernière guerre mondiale) mais le judaisme n'y a pas d'importance. Il s'agit de déchéance et de déshumanisation. Ou d'humanité. Les personnages sont faits de chairs et de sang, et d'ame.
c'est un livre de personnages qui ne cherchent plus qu'à survivre, à retarder la mort par maladie, dénutrition, ou violence. Le genre de livre que j'évite d'habitude, mais celui là m'a accroché dès le début.
C'est un livre fascinant; On se croirait par instant dans un roman d'heroic fantasy, la vie au Mordor, il range la route de Mc carthy au rayon des Arlequins (je l'y avais déjà mis), et parfois il évoque la détresse de populations actuelles, mais le plus souvent il dépasse tout celà pour aller dans l'indiscible.
Surtout, quoique souffrance et terreur, il reste un plaisir de lecteur.
Toribiole 6 juin 2012
Un livre coup de poing, qui nous plonge dans ce qu'il y a de plus sombre chez l'être humain.
Pas de considérations philosophiques, il n'est ici question que de survie.
Du grand Hilsenrath, à recommander à ceux qui sont férus de littérature.
LEGEROT Danielle 15 juin 2013
Un livre inouï sur les ghettos en Ukraine dirigés par les soldats roumains et des Ukrainiens à la solde des nazis. La vie au quotidien écrite avec une forme d'humour provocatrice et sidérante qui a fait scandale en Allemagne puis s'est bien vendu après être devenu un best seller aux USA. Un chef d'oeuvre... qui fait froid dans le dos et une écriture extraordinaire
Description:
1941. C'est la nuit permanente sur le ghetto de Prokov. Au fil des jours, égaré dans un décor apocalyptique, Ranek lutte pour sa survie. Réduits à des ombres, comme s'ils n'avaient plus ni âme ni corps, les personnages baignent dans le brouillard. Pourtant, les scènes d'amour hâtives, de solidarité ou de naissances au milieu du ghetto montrent que, même plongée dans l'horreur, l'humanité s'accroche. Grande fresque de la cruauté et du grotesque, Nuit est le point de départ de l'oeuvre d'Hilsenrath. Resté occulté en Allemagne près de vingt ans, il est aujourd'hui considéré comme son chef d'oeuvre.
Laurent Robertle 21 janvier 2013 : Ranek est juif et, comme des milliers d'autres, il est à ce titre enfermé dans le ghetto de Prokov. (J'ai vu des lecteurs se demander pourquoi le personnage était dans un tel lieu, ce qu'il y faisait comme si la seconde guerre mondiale et le génocide planifié par le troisième Reich n'avaient pas existé transformant l'horreur subie par des millions d'hommes en un fait divers oublié et donc qu'il était nécessaire de (re)contextualiser!).
Nous assistons à la survie, au jour le jour, d'un prisonnier de ce ghetto. Sa lutte pour rester en vie est réduite à sa nécessité la plus extrême, heure après heure, un jour après l'autre, un jour après celui-ci puis encore un autre... Pour cela, deux conditions doivent être réunies : être à l'abri et manger. Et si manger et se mettre à l'abri signifient voler la place d'un autre, la nourriture d'un autre, ne partager ni sa couche ni sa pitance, laisser un malade mourir, voler un mort ou lui arracher ses dents en or pour les vendre et ...s'abriter et manger, alors Ranek le fera. Tous le font. Un marché noir du sordide s'est même mis en place. La vie est ramenée à sa nécessité la plus extrême : une demi place sous un banc dans une pièce ou trente personnes s'entassent et engagent une lutte féroce pour la garder, des heures de marche et d'attente pour récolter cinq pommes de terre durcies dont une sur deux est pourrie par le gel. Si Ranek ne le fait pas, il tombe; et s'il tombe, il meurt. Cette équation terrible est poussée dans son horreur quotidienne la plus excessive et son réalisme cru vous fait tressauter le coeur page après page, au point qu'entre deux chapitres, il vous faut parfois faire une pause pour que votre quotidien, les murs de votre chambre, votre canapé douillet, la chaleur de votre appartement, vous redonnent un peu d'oxygène avant de replonger dans l'enfer du ghetto de Prokov.
emmanuelwle 10 octobre 2012
C'est un livre horrible et magnifique; celà se passe dans un ghetto juif en 1942 (pour répondre au comentaire négatif précédent, il n'y a rien à savoir de plus que le b a ba de la dernière guerre mondiale) mais le judaisme n'y a pas d'importance. Il s'agit de déchéance et de déshumanisation. Ou d'humanité. Les personnages sont faits de chairs et de sang, et d'ame.
c'est un livre de personnages qui ne cherchent plus qu'à survivre, à retarder la mort par maladie, dénutrition, ou violence. Le genre de livre que j'évite d'habitude, mais celui là m'a accroché dès le début.
C'est un livre fascinant; On se croirait par instant dans un roman d'heroic fantasy, la vie au Mordor, il range la route de Mc carthy au rayon des Arlequins (je l'y avais déjà mis), et parfois il évoque la détresse de populations actuelles, mais le plus souvent il dépasse tout celà pour aller dans l'indiscible.
Surtout, quoique souffrance et terreur, il reste un plaisir de lecteur.
Toribiole 6 juin 2012
Un livre coup de poing, qui nous plonge dans ce qu'il y a de plus sombre chez l'être humain.
Pas de considérations philosophiques, il n'est ici question que de survie.
Du grand Hilsenrath, à recommander à ceux qui sont férus de littérature.
LEGEROT Danielle 15 juin 2013
Un livre inouï sur les ghettos en Ukraine dirigés par les soldats roumains et des Ukrainiens à la solde des nazis. La vie au quotidien écrite avec une forme d'humour provocatrice et sidérante qui a fait scandale en Allemagne puis s'est bien vendu après être devenu un best seller aux USA. Un chef d'oeuvre... qui fait froid dans le dos et une écriture extraordinaire