En quelques phrases une femme est là, campée devant nous :
américaine, écrivain, divorcée, plus toute jeune, solitaire, et
impudente à ses heures. Elle se nomme Nadia, mais par dérision se fait
appeler Nada.
Nada a entrepris d'écrire un récit à partir d'un fait divers ancien :
l'histoire de Barbe Durand, une jeune servante française mise à mort en
1712 pour avoir dissimulé sa grossesse et fait disparaître l'enfant
qu'elle avait eu de relations forcées avec son patron. En même temps,
par bribes et fragments, Nada confie à son journal des souvenirs de sa
propre enfance dans une famille catholique qu'ont disloquée la déchéance
alcoolique du père et le naufrage d'une mère dont la carrière de
violoniste a été brisée par le mariage avec cet homme.
Ainsi va ce roman, par deux voies alternées, toujours sur le point de se
greffer : l'histoire de Barbe et celle de Nada. De cet ourdissage naît
un texte unique, violent, sombre parfois et parfois tendre, telle une
composition musicale dont les mouvements déploient leur diaprure sous
les effets l'un de l'autre. et par là, on s'aperçoit bientôt que l'on
tient entre les mains un somptueux roman sur la création et son double :
l'inspiration.
Écoutez, tendez l'oreille. Vous entendrez une de ces variations sur le même thème (celui de la quête de soi) que Nancy Huston affectionne. La première voix serait celle, plaintive et langoureuse, d'une de ces violes galbées du XVIIIe siècle. Elle raconte l'histoire des jumeaux orphelins, Barbe et Barnabé. Le duo, vibrant d'amour l'un pour l'autre, tâche de survivre dans le Berry miséreux de cette même époque. L'autre voix serait interprétée par quelque flûte vénitienne, au son aigre et obstiné. Elle est celle de la narratrice qui, régulièrement, interrompt l'écriture de son carnet intime pour poursuivre celle de son roman, l'histoire de Barbe et de son frère. Son tempo, très contemporain, donne un ton étrange à l'ensemble. Le tout est une sonate infiniment émouvante. L'auteur y explore les fonds ténébreux de ces souvenirs "au formol" qui l'empêchent de naître. Le Cantique des plaines et La Virevolte avaient déjà révélé le talent de Nancy Huston. Cette partition pour deux instruments qui s'harmonisent dans la révélation finale de la "résurrection", en est la brillante confirmation
Description:
Écoutez, tendez l'oreille. Vous entendrez une de ces variations sur le même thème (celui de la quête de soi) que Nancy Huston affectionne. La première voix serait celle, plaintive et langoureuse, d'une de ces violes galbées du XVIIIe siècle. Elle raconte l'histoire des jumeaux orphelins, Barbe et Barnabé. Le duo, vibrant d'amour l'un pour l'autre, tâche de survivre dans le Berry miséreux de cette même époque. L'autre voix serait interprétée par quelque flûte vénitienne, au son aigre et obstiné. Elle est celle de la narratrice qui, régulièrement, interrompt l'écriture de son carnet intime pour poursuivre celle de son roman, l'histoire de Barbe et de son frère. Son tempo, très contemporain, donne un ton étrange à l'ensemble. Le tout est une sonate infiniment émouvante. L'auteur y explore les fonds ténébreux de ces souvenirs "au formol" qui l'empêchent de naître. Le Cantique des plaines et La Virevolte avaient déjà révélé le talent de Nancy Huston. Cette partition pour deux instruments qui s'harmonisent dans la révélation finale de la "résurrection", en est la brillante confirmation